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| (ancienne édition) |
(nouvelle édition) |
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Nous vous en prions, sous le familier, découvrez l'insolite,
sous le quotidien, décelez l'inexplicable. Puisse toute
chose dite habituelle vous inquiéter. " Colette
Nys-Mazure a pris au sérieux l'exhortation de Brecht
pour nous offrir cette Célébration du quotidien.
Car dans la routine des jours, nous sommes bien souvent ailleurs,
absents à nous-mêmes, sourds à ce miracle
continu qu'est notre vie ordinaire. A travers une écriture
poétique et très féminine, Colette Nys-Mazure
célèbre la trame secrète de nos existences.
" Chaque matin, je m'étonne et je me réjouis
d'être en vie. Je ne m'y habitue pas. "
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EXTRAIT
Aucune
cuisine n'est assez vaste pour accueillir tous ceux qu'impressionnent
à leur insu la salle de séjour, le salon, et
que mettent en confiance l'épluchage des légumes,
la cuisson d'une ratatouille. Recevoir dans sa cuisine, est-il
signe de confiance plus vif ? Les enfants le savent bien;
ils pêchent au passage une pomme de terre brûlante
dans sa robe des champs, un haricot ébouillanté.
Ils s'épanchent au dessus d'un chocolat chaud ou d'une
confiture fraîchement mise en pot. Ils avouent et s'avouent
entre deux kilos de pois à écosser ou interrogent
en garnissant le plat .
Accueil
et refuge, pour soi d'abord. Dans les cafards comme dans les
détresses, ce réconfort sans emphase que drainent
avec eux les gestes domestiques! Laver la salade, battre les
oeufs, peler les pommes pour une compote, couper des oignons
et les faire rissoler. Le cœur a beau être gros
à en éclater, la tête lourde et la gorge
serrée, les mains adroites s'activent, rincent, épluchent,
pétrissent, découpent et placent, entraînant
l'être tout entier dans leur mouvement, après
l'avoir arraché à la terrifiante paralysie du
malheur, à son inertie Faire
quelque chose, une chose, serait-ce la plus insignifiante,
plutôt que de céder à la fascination du
vide, plutôt que de s'abîmer. Même si les
mains vont automatiquement, comme on conduit une voiture sans
y penser, l'esprit ailleurs, même si elles semblent
détachées du corps, elles vont.
Plaisir
naïf, sensuel, élémentaire de cette omelette
baveuse, de ce gratin doré, de cette menthe odorante,
de ce chou-fleur grenu sous les doigts, de ce bouquet sauvage
posé sur le chêne. Le regard s'éclaire
malgré lui, malgré soi; une espèce de
chaleur, de sourde satisfaction, monte de la vaisselle rangée,
de l'évier étincelant, de la table dressée.
Un équilibre s'ébauche ou se rétablit.
Les
désarrois peuvent s'ancrer dans ce paisible rituel,
trouver la consolation des objets familiers. Le bol épouse
la main désemparée, la croûte du pain
gratte la joue qui s'y appuie, les oranges luisent, goguenardes,
entre les poires ventrues et prêtent à sourire.
Les choses nous lâchent moins facilement que les êtres,
nous demeurent, alors que tout semble s'évanouir autour
de nous. p.31-32
Je
lis, je me délie de tout ce qui entravait mon essor.
Je lis, je me relie à tous ceux qui ont connu ce texte
et à ceux qui le découvriront après moi,
autant qu'à l'écrivain qui nous l'a confié.
Je renoue avec mon moi le plus intime, celui de l'enfance,
comme je pose les jalons de demain. Je nidifie et j'édifie.
Je
lis. Je pallie les limites dérisoires de ma petite
vie. Par auteurs, par héros interposés, j'expérimente
mille formes d'existence, je me démultiplie. J'approfondis.
Je comprends la folie d'un autre. Je pénètre
dans les milieux qui me resteront toujours étrangers
ou fermés. Rien ne m'est impossible. Je lis. Lire c'est
délirer.
Je
lis. Je relis les classiques, je les rafraîchis au contact
de ma sensibilité actuelle. J'élis et j'abolis
le temps aussi bien que l'espace : il n'est terre ni époque
ni âge qui me soit inaccessible.
Je
lis-j'écris. J'écris en marge des lignes mon
propre livre. Avec Tournier, je peux affirmer que tout livre
a toujours deux auteurs : celui qui l'écrit et celui
qui le lit.(...)
Je
lis, je jouis. Je me réjouis dans la jubilation des
réseaux de sens. Je m'étonne et m'émerveille.
Je vais de surprise en surprise et je reconnais. Déjà
je pense à celui à qui je prêterai ce
livre. (p.124-125)
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