EXTRAIT
AIMÉE-AIMANTE
C'est une femme de soie sauvage. Poreuse sous les mains savamment
tendres. Une femme de collines et de combes, de feuillages,
de mousses. Une ligne sinueuse en volutes et volupté.
Sucs et salives, écartèlement vertigineux. Elle,
disloquée, réunie. Une femme très loin,
à héler, harponner. Très proche à
pétrir, goûter, savourer. Une femme d'espace
amoureux saturé de miel et d'ombres intimes, de fière
approchée, de tressaillement secret. Rauque et luisante
dans la rumeur du plaisir imminent. Tambour de la jubilation.
INQUIÈTE
Jamais en repos. Fil extrême entre hier et demain,
le regret, l'appréhension. Dans l'anxiété
de la faille, du désastre, du malheur toujours imminent
qu'elle attise. Elle tourne son visage rétréci
vers le ciel, interprète les nuages, les retards,
les équivoques. Ferme la fenêtre sur l'été,
la guêpe ou le frelon; devance l'échec, le
sinistre. Elle s'arrache les cheveux, se casse les ongles.
Livide, elle redoute et se lamente en sourdine. Châtre
ses proches. Elle retient ses enfants de vivre pour les
empêcher de mourir.
SAUVEGARDÉE
De l'aube elle garde un air de royauté. Si démunie
soit-elle, elle porte trace d'anciennes richesses. Comme
une cape l'immuniserait du mal, du gel. On l'aperçoit
égarée dans une rue, une gare, un bureau ;
on la voit pareille à toutes les femmes. Une fine
poussière recouvre déjà son visage
qui fut vif, brillant et malicieux ; un retard dans les
gestes, la démarche, l'achemine, loin du fracas et
de la fureur, vers la blessure toujours fraîche des
tombes. De l'enfance elle détient un talisman.
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